Des collaborations prestigieuses
1923-1925
Jourdain, Herbst, Primavera
Au fil de son parcours et de ses rencontres, Paul Jacquet va intégrer progressivement dans sa production un certain nombre de collaborations, des commandes qui vont lui assurer une assise financière et une notoriété nationale.
Le peintre Albert Besnard possède une maison proche du lac d’Annecy, à Talloires. La famille, amatrice de poterie locale, a pris l’habitude depuis plusieurs années de visiter les ateliers à proximité, Hertz et Tripp. On ne s’étonnera pas dès lors, qu’ils visitent aussi régulièrement l’atelier Jacquet.
Jean Besnard, un des fils, futur céramiste de renom, s’essaye parfois à la décoration. Un lien s’est noué entre Paul Jacquet et lui, et ils exposeront plus tard dans les mêmes vitrines de l’Exposition des Arts Décoratifs en 1925 à Paris.
C’est dans l’entourage proche de cette famille que Paul Jacquet va rencontrer plusieurs personnalités du milieu artistique parisien. En particulier Francis Jourdain (dont le père Frantz est un ami d’Albert) et grâce à lui, René Herbst. Ces deux “ensembliers” selon le terme de l’époque, ou designers, souhaitent élargir la gamme des collections de meubles et objets divers proposés dans leurs boutiques, et deviendront ses commanditaires pendant les années 1923-1924.
Jourdain se rapproche à cette époque d‘architectes et décorateurs modernistes, Mallet-Stevens, Eileen Grey, et surtout René Herbst avec qui il noue une amitié solide. En 1929, les deux hommes d’ailleurs seront parmi les 5 membres fondateurs de l’Union des Artistes Modernes.
Francis Jourdain (1867-1958)
Réclame dans le Bulletin de la Vie Artistique 15 nov. 1922
Après quelques expériences collectives et plusieurs expositions entre 1906 et 1912, il se spécialise dans le mobilier et l’architecture d’intérieur, et fonde les Ateliers Modernes, petite entreprise qui devient une usine.
Élargissant progressivement son champ d’activité, il ouvre une boutique en 1919 à Paris “Chez Francis Jourdain” qui propose divers articles pour la maison à prix abordables.
C’est ainsi qu’il va commander à l’atelier Jacquet un certain nombre de pièces, qui seront signées du monogramme FJ assorti parfois du numéro de modèle.
Au printemps 1923, il participe au Salon des Artistes Décorateurs à Paris, un événement parisien regroupant, via une immense exposition, tous les plus grands architectes et décorateurs du moment ainsi que leurs nouvelles tendances en terme de décoration.
A cette occasion, il expose quelques unes de ses céramiques.
Il renouvelle cette opération au Salon d’Automne de la même année avec la vitrine Un magasin de Céramiques dans la section Art Urbain, espace mettant en scène “une place publique bordée par une série de boutiques”.
L’atelier Jacquet produit des modèles pour les collections de Francis Jourdain, mais également des modèles proches, fortement inspirés, pour ses propres collections, signés au tampon PJ.
Ci-après des céramiques signées FJ pour Francis Jourdain :
René Herbst (1891-1982)
Né à Paris, René Herbst étudie l’architecture à Londres et Francfort, puis effectue des voyages d’études en Italie et en Russie. Il revient à Paris en 1919 et fonde les Établissements René Herbst qui produiront ses réalisations.
A la fois décorateur et designer de meubles – on dit ensemblier à l’époque, il réalise plusieurs devantures et vitrines de magasins pour des marques célèbres (Pleyel, Siegel, Puiforcat…) en utilisant le métal et le verre.
Des commandes de poteries sont exécutées dans l’atelier Jacquet, certainement par Anchierri, comme l’attestent les lettres et dessins transmis par sa veuve lors du travail de recherche mené par Anne Buttin et Michèle Pachoud-Chevrier pour leur livre ”Potiers et céramistes des Pays de Savoie 1900-1960” édité en 2002.
Une lettre comprenant des modèles de Herbst, annotés de la main d’Anchierri, que l’on retrouve quasi intégralement sur les deux photographies présentées à la suite montrant des poteries dans les boutiques de Herbst aux expositions. (Voir ci-contre)
Pour le Salon des Artistes Décorateurs (SAD) en novembre 1923, René Herbst propose dans la section Art Urbain, deux vitrines : un magasin de chaussures Perugia, et une boutique de potier, en collaboration avec Georges Rigault pour la façade. On y trouve des “poteries rustiques” fabriquées dans l’Atelier Jacquet.
En 1925, lors de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs, deux “boutiques de luxe”, parmi les quarante érigées sur le Pont Alexandre III, présentent des céramiques.
L’une à son nom (boutique n°27) qui contient des céramiques de l’Atelier Jacquet, et la seconde pour la marque Cusenier où l’on trouve des céramiques en grès, bouteilles, amphores, contenants pour des liqueurs, réalisées par une autre fabrique.
René Herbst remporte une médaille d’or à cette exposition.
Primavera
C’est au cours de ces mêmes années que va se développer une collaboration épisodique avec les Grands Magasins du Printemps, pour sa collection Primavera.
L’atelier Jacquet travaille, là encore, sur des modèles de commandes.
Les pièces que l’on retrouve aujourd’hui sont peu nombreuses et difficiles à identifier, Primavera ayant collaboré avec d’autres centres de poterie, comme Soufflenheim en Alsace dont les modèles sont souvent proches par les décors.
La signature Primavera apposée est manuscrite ou incisée.
Jacquet représente d’ailleurs la marque à l’Exposition de Céramique de l’Ecole d’Art Industriel de Grenoble à l’été 1924 sous l’appellation Atelier Primavera.
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Rares céramiques de l’Atelier Paul Jacquet pour Primavera




















