Emile Grillet
(1915-†1999)
Né à Taninges en 1915 dans la Vallée de l’Arve, Emile Grillet est un haut-savoyard “de pure souche”, qui arrive à Annecy à l’âge de 5 ans avec ses parents. Il fait sa scolarité au lycée Berthollet.
Une jeune recrue chez Jacquet
En 1928, Paul Jacquet le recrute parmi les élèves de son cours de dessin, tout comme il l’a fait auparavant avec René Anchierri et Albert Germain.
Grillet rentre à l’atelier à l’âge de 14 ans : “Il m’avait récupéré à l’école supérieure de garçons, où je n’étais bon qu’en dessin et en français et m’a pris comme apprenti potier”.
Formé par Albert Germain pour la décoration et Jean-Auguste Grandon pour le tournage, il va apprendre le métier de tourneur mais surtout celui de décorateur, et devenir l’un des compagnons privilégiés de Jacquet pendant une longue période.
Sur cette photo issue d’un fascicule présentant l’école et datant de l’année scolaire 1926/1927, Emile Grillet a marqué sa place par une croix au fond de la classe de dessin.
On y voit M. Jacquet surveiller ses élèves.
Ils sont manifestement pour certains, entrain de dessiner des modèles de plats. Des études de motifs sont également affichées au mur près du poêle.
Au début de sa carrière, le jeune Emile travaille également avec Isidore Gojon, ouvrier potier qui a quitté la poterie familiale où il n’était pas toujours rétribué, pour terminer sa carrière chez Jacquet.
Grillet devenu un ouvrier qualifié est félicité par son patron Jacquet qui lui offre son tout premier instrument, un accordéon diatonique Hohner.
En écoutant les émissions d’accordéon à la radio, il va d’abord apprendre à en jouer en autodidacte, puis s’inscrit à l’école municipale de musique et rejoint bientôt l’orchestre du Casino-Théâtre d’Annecy.
Un excellent musicien…
Ainsi, il va mener deux carrières de front : potier/décorateur et musicien/compositeur.
Cela va lui permettre également de nourrir sa famille : le couple qu’il forme avec Maria Eugénie née Humbert, avec qui il se marie en mars 1935, aura 8 enfants.
Emile Grillet accomplit son service militaire d’octobre 1936 à octobre 1938 au 27ème régiment de chasseurs alpins d’Annecy. Il est intégré à la fanfare militaire, dans laquelle il joue du saxophone et compose des mélodies pour l’orchestre du bataillon.
En octobre 1938, il revient travailler à la poterie pour une courte période. Il est alors âgé de 23 ans.
Mobilisé en août 1939, il est renvoyé dans ses foyers en septembre 1940 grâce à son statut de soutien de famille car il a déjà plusieurs enfants.
La période de guerre qui s’ouvre va bouleverser le quotidien des français. L’atelier est mis en sommeil, et le jeune Emile doit chercher du travail ailleurs.
Il va alors occuper différents emplois, dans une usine de bougies automobiles, puis chez un fabricant de bijoux d’Aix-les-Bains.
Enfin, de 1942 à 1943, il trouve à s’employer chez Roger Grand au Saint-Sépulcre. 
Cet ingénieur céramiste diplômé de l’École nationale de Sèvres a repris l’ancien atelier Hertz fermé, l’a modernisé et crée à cette époque CERANY (CERamiques d’ANnecY).
De 1946 à 1949, Emile Grillet est à son compte, il s’occupe de la réparation d’accordéons, compose et joue de cet instrument, une passion qui ne l’a jamais quittée.
Il fonde l’Accordéon-Club-Savoyard dont il devient directeur.
Il va également animer les bals, kermesses, mariages et festivités de la ville tout au long de sa vie.
Il compose des centaines de mélodies, qu’il illustre et édite lui-même sous différents pseudonymes : Jack Marr, Grim, Reg…
Il intègre à 36 ans la SACEM, et y inscrit ses compositions régulièrement.
La java intitulée « Rue des bâtons » est sans doute son morceau le plus célèbre.
… et un décorateur hors pair
Emile Grillet travaille seul la plupart du temps, produit et décore des œuvres tirées de son imagination, ou des suggestions et recommandations de son patron.
Il dessine beaucoup. Quelques croquis sauvegardés de cette période nous donnent de précieuses indications sur l’élaboration des décors et ses méthodes de travail.
Le style Grillet
On reconnait le style d’Emile Grillet, dans une production parfois proche du fantastique dans le sens de l’Imaginaire.
Son bestiaire est joyeux, parfois outrancier ou proche de la caricature : lièvres ou bouquetins aux oreilles et cornes démesurées, étrange scène de chasse à l’autruche, insectes stylisés à l’extrême, etc. :
Les signatures d’Emile Grillet
Il signe à la pointe, ou à la lime. Il en existe deux différentes, une au J plus arrondi et une au J en triangle lorsque ses créations sont plus personnelles.
En 1949, il revient à l’atelier, et il y travaillera pendant 10 ans, aux côtés de Maurice Jacquet jusqu’au décès de celui-ci en 1956.
Il en devient alors le véritable animateur car Paul Jacquet est vieillissant, il a plus de 70 ans, et le décès de son fils l’a durement affecté.
La fin de l’atelier Jacquet
En juillet 1959, pour le récompenser de son travail, Jacquet et son épouse proposent à Emile Grillet de l’emmener en vacances sur la Côte d’Azur. Leur petite fille Annette, âgée de 15 ans, est du voyage.
Il accepte, et se trouve à bord de la Traction Avant Citroën de Paul Jacquet lors de l’accident de la route qui coûte la vie à sa femme, entre Serres et Laragne. (Article du Dauphiné Libéré du 9 juillet 1959 ici)
Grillet aura 30 jours d’incapacité temporaire de travail pour de violentes douleurs abdominales, et reste hospitalisé à Gap plusieurs semaines.
L’Atelier de poterie ferme définitivement. De retour à Annecy, il trouve à s’engager à l’usine PLASTOREX à Rumilly qui sera plus tard rachetée par Tefal.
Il y poursuit pendant 20 ans, jusqu’à sa retraite en 1979, une carrière féconde de dessinateur et décorateur sur mélamine.
Emile Grillet meurt à 84 ans en mai 1999, après une vie artistique foisonnante.
Lire ici l’hommage rendu à « Mile le savoyard » dans le Dauphiné Libéré quelques jours après son décès.


























