L’Atelier Forah après guerre

1945-1956

Mariage de René Anchierri et Anne-Marie Paturel en 1945

 

Démobilisé officiellement le 6 juin 1945, René Anchierri épouse Anne-Marie Paturel à Annecy le 28 juin 1945.

Il retrouve les ateliers Forah à l’abandon et reprend la production.
Sa jeune femme va le suivre à Orléans et l’aider à relancer sa fabrique.
Fille de commerçant, elle saura le seconder efficacement.

Ils installent leur premier logement dans les locaux même de l’entreprise. Ils vont y demeurer jusqu’en 1949.

Céramiques produites en 1946,
photo d’archive

Chaque année, le céramiste crée une nouvelle collection diffusée en France et dans les grands magasins parisiens par l’intermédiaire de catalogues et de ses représentants.

En 1948, par l’intermédiaire des Gouet, amis des Anchierri, il fait la rencontre du zoologiste et biologiste Casimir Cépède. Ce dernier est invité pour des vacances par la famille Gouet, qu’il visite régulièrement. Curieux de tout, passionné d’art, il fréquente les salons d’exposition de céramiques, à Paris et Orléans, et s’enthousiasme pour le travail d’Anchierri, ce qu’il retranscrit dans le journal qu’il écrit quotidiennement.

De cette rencontre va s’ensuivre une amitié, des visites et une correspondance pendant plusieurs années.

Casimir Cépède

1882-1952

Casimir Cépède en 1928 Source gallica.bnf.fr

Casimir Cépède en 1928 Source gallica.bnf.fr

Issu d’une famille de modestes artisans, il naît à Cannes en 1882. Excellent élève de l’Ecole normale d’instituteurs de Nice, il obtient en 1902 le certificat préparatoire aux études de médecine, opte néanmoins pour les sciences naturelles : à la Faculté des Sciences de Grenoble, où il est chargé du service de pisciculture, il suit les cours de Rémy Perrier.
Son parcours s’effectue ensuite entre biologie appliquée (aux pêches maritimes) et zoologie, le conduisant à la station zoologique de Wimereux, dirigée par Alfred Giard. Il y reste 4 ans (1908-1912), soutient sa thèse de doctorat ès sciences naturelles (Recherches sur les infusoires astomes) en 1909 tout en fondant une famille et en s’impliquant fortement dans la vie sociale locale.
Une bourse lui permettant d’intégrer le laboratoire de zoologie de la Sorbonne en 1912, il croise à nouveau les pas de Rémy Perrier, à l’instar duquel il étudie une mission exploratoire maritime, celle de Charcot, et plus particulièrement le plancton récolté.
La Première Guerre mondiale jouera un rôle décisif dans sa carrière : engagé volontaire au Val-de-Grâce, formateur auprès des ambulancières, il met au point des vaccins atoxiques (antituberculeux, antigrippal) qu’il fabrique dans un laboratoire installé à ses frais et distribue gratuitement sur demande.
Parallèlement, il devient assistant de zoologie à la Faculté des Sciences de Paris, et ses talents de pédagogue lui valent la reconnaissance tant de ses pairs que de ses étudiants. En 1919, Cépède fonde et dirige (jusqu’à son décès) l’Institut de Biologie appliquée.
Ce passionné d’art, grand ami d’Antoine Bourdelle et de Francis Gémier, curieux des innovations techniques, amateur de photographie et de cinéma, croit fermement à la mission éducative des médias : aussi, dès la fin du conflit, il participe avec le Docteur Toulouse à la sélection de films documentaires pour le compte du service scientifique de la firme Pathé frères.
Par ailleurs, ses convictions pacifistes, progressistes et humanistes le mènent à de nombreux engagements (caisses des écoles, association de secouristes, militantisme pour la crémation, lutte contre les inégalités…).
Socialiste et internationaliste, membre de la Ligue des Droits de l’Homme, franc-maçon, libre-penseur, Casimir Cépède meurt à Paris le 23 décembre 1954.
Ses archives sont déposées à l’Institut Pasteur et à l’Office Universitaire de Recherche socialiste (OURS).

Sources : Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne

Casimir Cépède dans l’atelier Forah
1949

Avec René Anchierri

Le professeur et leur ami commun
M. Gouet

1949 est une année particulièrement importante pour les Anchierri, puisque le 18 juin voit la naissance de leur fils Pierre. (photo ci-contre)
Ils achètent une maison dans le quartier de la Mouillère, près de la rue Greffier pour s’y installer avec leur fils âgé de quelques semaines.

“En ce qui touche la céramique, vous savez combien je suis en communion d’idées avec vous. J’espère arriver à décider l’ami Anchierri à extérioriser un peu plus son art magnifique auquel je suis si heureux d’un peu participer.”

”Il faut à tout prix qu’Anchierri se montre et nous montre car les pièces uniques abondaient à ce salon dont quelques unes rappellent de fort près ses belles créations. S’il ne les expose pas alors que le 3éme salon spécialisé se termine, on risquera de dire qu’il a copié ses collègues”.

Extraits d'une lettre de Casimir Cépède à M. Gouet en Sept. 1951

Ces encouragements vont trouver un écho, puisqu’au mois de novembre 1951, à l’occasion de ses 25 années d’installation et d’exercice dans la ville, Anchierri expose 200 pièces uniques sorties de son atelier à la bibliothèque municipale d’Orléans rue Dupanloup, devant lesquelles vont se presser plus de 3000 personnes en 8 jours. Voir ici l’article de la République du Centre de nov. 1951.

A cette occasion, il montre la grande diversité de son inspiration, avec des vases, urnes, plats, assiettes et plaques à pendre, au style et au décor très variés représentant diverses époques de création. 

Coll. Musée des Beaux-Arts d'Orléans photo Forah vase jaune doubles anses étiquetteIl est chaudement félicité et encouragé par le professeur Cépède pour cette réussite dans un courrier du 6 décembre 1951 à lire ici.

Certaines de ses oeuvres seront par la suite offertes au musée des Beaux-Arts d’Orléans. On peut remarquer sur certaines, leurs étiquettes d’exposition.

Ces pièces artistiques des années 50, de différentes inspirations, portent pour la plupart la signature AR pièce unique.

Les deux hommes projettent de créer ensemble en 1952 une collection de céramiques Gallia Eterna Cepedae, revisitant tout en les modernisant les poteries de l’Antiquité.

Anchierri est pressenti pour exposer 5 oeuvres de la collection Gallia Aeterna au Salon d’hiver de 1952 sur une invitation personnelle de son président et sculpteur Raymond Sudre.

Malheureusement cet élan pour montrer son travail ne connaîtra pas vraiment de suite notable, notre céramiste est submergé par les commandes. Il se replonge dans sa création personnelle et la collaboration avec le professeur ne verra jamais le jour, à l’exception des quelques essais déjà réalisés.

Les années qui suivent vont l’amener à développer un autre projet personnel qui tient à coeur au couple Anchierri, retourner sur leur terre natale pour ouvrir un nouvel atelier.

Il va en effet créer un atelier-boutique à Annecy en 1953 (voir chapitre suivant ici). Il y écoulera pour lancer cette nouvelle entreprise, de nombreuses pièces uniques qu’il fait à Orléans, où Forah continue à produire jusqu’en 1956. Pour certaines céramiques, il rajoutera l’estampille  « Nissy Poterie du Lac ».

Pot au coq signé AR pièce unique
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