Débuts à Orléans

1926-1928

Une expérience d’ouvrier

Début 1926, René Anchierri part pour Paris, dans l’objectif de s’établir dans la capitale. Mais il s’arrête dans le Loiret à Orléans, ayant trouvé un emploi d’ouvrier tourneur dans les établissements Labrut & Recullé, une manufacture de faïences et poteries employant plus de 200 personnes à cette époque.

Début 1926, René Anchierri part pour Paris, dans l’objectif de s’établir dans la capitale. Mais il s’arrête dans le Loiret à Orléans, ayant trouvé un emploi d’ouvrier tourneur dans les établissements Labrut & Recullé, une manufacture de faïences et poteries employant plus de 200 personnes à cette époque.

La maison Labrut & Recullé fabriquait sur commande et en peu de temps les articles les plus divers. Les livraisons s’effectuaient rapidement et toujours à l’entière satisfaction de la clientèle. Les grès LABREC étaient commercialisés au 2 rue de la Cerche à Orléans et Faubourg Saint-Denis à Paris.

Après son installation, cette entreprise dut rapidement augmenter le nombre de ses fours. Ayant trouvé un procédé particulier pour le vernissage, elle fabriquait une grande variété de formes de poteries (grès fin, terrines, chopines, plats, brocs normands, bouteilles, pots à rillettes, à confiture et à moutarde…). La poterie fut très vite placée au 1er rang, et la renommée
des «Grès Labrec» contraction de Labrut-Recullé, dépassa largement les frontières de la région.

La manufacture cessa ses activités de production en 1939, mais la vente des articles continua probablement jusqu’à l’épuisement des stocks.
Source : Groupe « Mémoires et Patrimoine » du Comité des Sages de Saint-Jean-de-Braye

Une fresque rue de la Glacière commémore l’emplacement de la manufacture, dorénavant détruite

Orléans, terre de potiers

La ville d’Orléans est construite sur terrain calcaire. Au-dessus des bancs calcaires se trouvent des niveaux argileux d’origines diverses et présents sur tout le territoire : au nord de l’agglomération au niveau de la forêt d’Orléans ; dans le val d’Orléans et plus au sud en Sologne. Ils sont de bonne qualité et facilement accessibles, donc exploitables pour le façonnage de poteries ou de tuiles. Ces niveaux argileux appartiennent aux formations référencées sous le nom de “marnes et sables de l’Orléanais”, “sables et argiles de Sologne” et “alluvions du Val de Loire”.

Les carrières d’argile de la commune de Saran sont parmi les plus connues de l’agglomération et alimentent les « potiers de terre » d’Orléans durant tout le 19ème siècle et le début du 20ème. Ainsi, celle de « la Tête Noire » dispose d’une couche d’argile de 6 à 8 mètres d’épaisseur exploitée à ciel ouvert. Chaque année, plusieurs dizaines d’ouvriers extrayaient manuellement des milliers de mètres cubes de terre à pots et à briques transportés par tombereau jusque dans les ateliers.

Certaines productions comme le grès, la faïence fine ou la porcelaine nécessitaient l’utilisation d’argile spécifique absente localement. L’importation de ces matières premières, via la Loire, sera nécessaire pour leur fabrication à partir du 18ème siècle.

Sébastien Jesset
Service Archéologie de la ville d’Orléans (SAVO)

Un tout jeune entrepreneur

Ces quelques mois dans cette fabrique lui révèlent le potentiel économique en matière de céramique. C’est ainsi qu’à 21 ans, au printemps 1926, il décide de se lancer à son tour et projette la construction d’un atelier de céramique.

Le contexte artistique est particulièrement favorable après l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 qui a mis en lumière les arts du feu, dont la céramique.

Il est également riche d’une expérience forte de 4 années dans l’atelier Paul Jacquet, où il a pu apprendre à maîtriser tous les postes de la création de poteries.

Il reçoit un soutien financier de sa famille et l’assurance de remplir en partie son carnet de commandes, par une sous-traitance locale, et un peu plus lointaine puisqu’il va se remettre à produire pour Annecy.

En effet Paul Jacquet n’a pas pu encore se réorganiser et retrouver de décorateur d’un bon niveau pour assurer le remplacement d’Anchierri.
Le Diplôme d’Honneur qu’il a obtenu à l’exposition internationale en novembre 1925 à Paris, a mis en lumière la qualité du travail de son atelier. Il est très sollicité par des commandes, en particulier de grosses pièces, qu’il ne peut réaliser dans le petit four de son atelier.

René Anchierri habite à cette époque au 15 de la rue aux Ligneaux à Orléans. Il achète un terrain sur l’autre rive de la Loire dans une zone agricole peu habitée au 16 rue Greffier.

 Le 18 avril 1926, il adresse à la préfecture une demande d’autorisation pour l’établissement d’un atelier de céramique comportant un four à moufle, dont il joint les caractéristiques techniques ainsi que des plans de situation.

Archives municipales et métropolitaines d’Orléans

Après une enquête de voisinage pour recueillir les doléances éventuelles et un avis favorable du conseil départemental d’hygiène rendu le 16 Juillet 1926, le préfet lui notifie par décret le 6 août, son autorisation à construire sa fabrique et donc à exercer son activité.

Il fait bâtir pendant l’été un atelier de taille modeste pour abriter un grand four de 6 m³, muni d’une cheminée de 13 mètres de haut, dont on aperçoit les toutes premières images après construction :

Papier en-tête de la Poterie d’Art

Dans un premier temps, les fabrications personnelles qui sortent du four à l’automne 1926 sont encore très inspirées du style savoyard qu’il a assidûment pratiqué dans l’atelier de Paul Jacquet.
Les deux productions peuvent d’ailleurs aisément être confondues, tant elles montrent des similitudes. Certaines seront signées “Jacquet” avec le a en lettre d’imprimerie pour identifier la production Anchierri (Paul Jacquet signe avec un a).

Monogramme PJ de Paul Jacquet

Monogramme AR de René Anchierri

D’autres sont marquées AR entre crochets, copiant le monogramme de Paul Jacquet.

Assiette à décor d’oiseaux, signature à l’engobe AR (voir ci-dessus), Orléans 1926, datée et située sur son emballage d’origine.

Céramiques issues des premières fournées

Coll. Musées d’Annecy

Il s’inspire de ses toutes récentes expériences de travail jusqu’à emprunter le style de graphie de Labrec pour former sa signature :

Signature “Labrec” pour Labrut et Recullé

Rare exemple d’un travail préparatoire dessiné, puis mis en forme, et archive photo d’une des premières fournées de 1926

Un thème cher à l’annécien René Anchierri puisqu’il recréera dans les années cinquante, des plats aux écrevisses, signés Forah.

    Coll. Brosseau, Orléans

Vases signés PJ

Paire de vases signés AR

Vases signés PJ

René Anchierri développe progressivement sa toute jeune entreprise, il recrute ouvriers et tourneurs. Assurant d’abord seul la partie décoration, il est ainsi en capacité de répondre aux commandes et développe son propre style. Poursuivant ses recherches sur les couvertes, il commence à s’affranchir de ses expériences passées et crée des collections qui répondent aux diverses aspirations de ses clients.

Un ancrage local

Il va avoir l’occasion d’un premier contact avec le public en juin 1927 lors de la foire-exposition reconstituant le vieil Orléans.

En effet, depuis 1922, sur les boulevards de Verdun et Alexandre-Martin, dans le Campo Santo, et sur l’ancienne caserne Duportail place Halmagrand, plusieurs centaines de baraques sont construites. Sur ces terrains d’une dizaine d’hectares, proches de la gare et du centre-ville, une foire-exposition attend des milliers de visiteurs venus découvrir le savoir-faire des industriels locaux. Cet événement va perdurer jusqu’à nos jours pour devenir un marché traditionnel médiéval, célébrant également Jeanne d’Arc.
Cette année-là, le comité d’organisation va jusqu’à reconstituer des façades de maisons du « vieil Orléans » dans le Campo Santo.

Sources : Archives Orléans Métropole
En savoir plus ici

L’échoppe de René Anchierri est en bonne place dans cette reconstitution du vieil Orléans en 1927

Cache-pot réalisé à l’occasion des fêtes johanniques, modèle des années 30/40, signature au nom complet situé Orléans.

On peut lire à droite sous les croisillons en colombages : Maistre Anchierri Potier d’art

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