L’Atelier des 4 chemins

1925-1939

Nouvel atelier, nouvelle équipe

 

En ce début d’année 1925 où il s’installe dans la maison neuve de l’avenue de Cran-Gevrier, Jacquet bénéficie d’un mois de congé pour maladie avec traitement. Ce congé va lui permettre de reconstruire un atelier et préparer la toute proche exposition internationale des Arts Décoratifs à Paris.

Il reçoit l’aide financière de Mr Paturel, futur beau-père de René Anchierri, un commerçant annécien qui vend ses céramiques dans sa boutique.

Auguste Gardet, imprimeur et libraire rue du Pâquier à Annecy, l’aide également.

En l’absence d’Anchierri qui a quitté Annecy, il a recruté un nouveau décorateur, Albert Germain, un autre de ses élèves de l’Ecole primaire supérieure d’Annecy, ainsi qu’un très bon tourneur, Jean-Auguste Grandon.

Grandon est natif de la Vienne. Avant d’intégrer l’atelier de Paul Jacquet, il a d’abord travaillé en Suisse, puis est passé par les poteries Tripp et Hertz à Annecy. Il formera un peu plus tard le tout jeune Emile Grillet, qui deviendra lui aussi, un ouvrier indispensable de l’Atelier Jacquet.

L’Exposition internationale de 1925

Avec l’International Exhibition of Modern Decorative and Industrial Arts qui va se dérouler du 28 avril au 30 novembre 1925, vient la consécration pour Paul Jacquet.

Il expose des terres émaillées et poteries vernissées dans la vitrine 3bis de la classe XI (Céramiques), aux côtés du céramiste Jean Besnard (vitrine 3), dont on peut penser qu’il a facilité l’accès de Jacquet à l’Exposition.

L’Atelier Jacquet est représenté également sur les stands de Herbst et Jourdain.

A la remise des prix le 26 octobre, Besnard obtient une médaille d’argent, et Jacquet, également membre du jury de la classe XI, reçoit un diplôme d’honneur.

Voir Here le rapport général de la classe Céramique, section française.
Voir Here le plan.

Voir Here la liste des récompenses. (Jacquet se trouve p.34)

Cette médaille d’honneur donne une nouvelle visibilité à son atelier qui se traduit par plusieurs articles dans les magazines spécialisés dans les mois qui suivent.

Henri Clouzot le cite dans un compte-rendu qu’il fait pour la revue Renaissance de l’art français et des industries de luxe en décembre 1925. (p.571)

La revue Les Echos des Industries d’Art n°12 en juillet 1926 se fait l’écho du Salon des Artistes Décorateurs dans un long article très illustré. (Photo de 3 vases p.15).

“Plus important toutefois, est le rôle de l’invention, dans les amphores de Mr René Buthaud, qui se plaît à les orner de figures curieusement stylisées, et dans celle de Mr Jacquet, où courent des décors floraux empruntés à une brillante palette.”
René Chavance in : « Les Echos des industries d’art » juillet 1926

Le rajout du prénom ou encore du pays, montre le souci de communiquer sur l’atelier. Les vases comportant ces mentions sont rares et probablement tous des pièces d’exposition. Il est possible qu’un ou plusieurs de ces vases aient fait partie des envois à l’Exposition des Arts Décoratifs de 1925 toute proche dans le temps, quoi qu’il en soit, deux de ces œuvres peuvent désormais être attribuées à René Anchierri.

Du 19 juillet au 30 août 1925, il participe également à l’Exposition de la Société des Beaux-Arts de Haute-Savoie avec quelques vases.

Paul Jacquet est à présent solidement établi, et jouit d’une notoriété sur le plan national, à travers les multiples expositions auxquelles il participe.

Il utilise alors une aquarelle de Marie Biennier, qui fut son élève, représentant la poterie Hertz, et l’adapte sur un bois gravé pour le transformer en support publicitaire, mentionnant sa réussite.

Son atelier reçoit de nombreuses visites de personnalités ou de simples touristes plutôt fortunés, déjà nombreux à Annecy à cette époque pendant les mois d’été, et connaît un succès commercial.

Parmi ces personnalités, on peut citer la famille du peintre Besnard bien sûr qui vient en voisine, mais aussi de riches clients des palaces ou grands hôtels annéciens, comme l’Impérial Palace, où il envoie parfois son ouvrier Albert Germain faire des livraisons.

Ami de François Bise, Paul Jacquet reçoit également les grands de ce monde venus faire escale à l’Auberge du Père Bise à Talloires.

Des visiteurs illustres comme le gouverneur de l’île Maurice lui passent commande. Il a également des clients venus d’Inde, d’Asie et de pays arabes.

On le voit ici, sur ce curieux document des années 20 dans son atelier, deuxième en partant de la gauche, en costume, mains dans les poches avec un visiteur, il paraît lui-même en visite.

Au premier plan, le potier au tour est Jean-Auguste Grandon.

A cette époque, l’atelier est organisé autour de deux tours placés sous la lumière naturelle de grandes fenêtres, à droite de la porte en entrant. Le second sert cependant plus pour la décoration.
A gauche de la porte, on trouve la préparation de la terre, et plus loin le grand four à moufle, chauffé au charbon.
Une séparation communique avec une deuxième pièce, où l’on trouve le second four, électrique celui-là, et plus petit, qui sert pour les plus petites pièces.
Dans cette pièce, on trouve également des rangées d’étagères qui servent de séchoir pour les pièces en attente de cuisson.

On peut s’étonner qu’il n’ait pas abandonné son poste au lycée Berthollet pour choisir définitivement la voie de la céramique. Cependant, tous les témoignages s’accordent à reconnaître qu’il était bon pédagogue et aimait l’enseignement du dessin. Aussi conserva-t-il jusqu’à sa retraite sa charge de professeur.

Cette double carrière le rend dépendant de ses ouvriers, en particulier des décorateurs, raison pour laquelle il continuera à faire appel à René Anchierri, pourtant désormais patron de son propre atelier à Orléans (voir René Anchierri, premières années à Orléans).

Des expositions plus locales et moins nombreuses

Dans cette deuxième moitié des années 20, Jacquet expose moins et plus localement :

  • Salon d’automne de Lyon
    Octobre 1926

  • 5eme Salon de la Société Savoisienne des Beaux-Arts au Musée de Chambéry
    Juillet 1928

Paragraphe sur Paul Jacquet dans la revue l’Art vivant de septembre 1928 à lire Here.

La même année, Jacquet va recruter Emile Grillet (1915-1999) âgé de 14 ans, avec sa méthode habituelle : “Il m’avait récupéré à l’école supérieure de garçons, où je n’étais bon qu’en dessin et en français et m’a pris comme apprenti potier”.
Il deviendra l’un des piliers de l’atelier jusqu’à la fin de sa carrière.

D’abord formé par Albert Germain et Jean-Auguste Grandon, il devient par la suite ouvrier tourneur mais surtout décorateur, et l’un des compagnons privilégiés de Jacquet pendant une longue période.

Voir Here le chapitre que nous lui consacrons.

En juillet 1929, Jacquet connaît encore les honneurs de la presse spécialisée qui se fait l’écho des dernières expositions. (Lire Here l’article dans la revue les Echos des Industries d’art)

A ce moment, il montre déjà des modèles en faïence émaillée à fond blanc, très proches de ceux qu’il présentera en 1937. (voir plus bas)

Il faut attendre 1932 pour que Paul Jacquet montre de nouveau des œuvres au public. 

  • Salon de la Société Savoisienne des Beaux-Arts à Chambéry
    Mars-avril 1932
    8 céramiques

  • 22e Salon de la S.A.D. à Paris
    du 4 mai au 9 juillet 1932
    “Céramiques, vases décorés d’émaux et vases en terre émaillée” (extrait du catalogue).

L’Exposition universelle de 1937

En 1936, il répond à une convocation du Comité des Arts Appliqués de Lyon, dont il est membre pour le département de la Haute-Savoie, pour une réunion avec des conseils de l’Inspecteur Général des Beaux-Arts en vue de préparer l’Exposition Internationale de 1937.

Une occasion pour lui de se montrer de nouveau à un niveau international.

En 1937, s’organise l’Exposition Internationale des Arts et Techniques appliqués à la vie moderne à laquelle il va participer avec plusieurs pièces dont certaines proviennent de l’atelier Anchierri d’Orléans, voir Here.
Ses céramiques sont exposées dans la vitrine 51, celles de René Anchierri en son nom propre, dans la vitrine 54. (voir Here le plan du pavillon Céramique)

Cette fois, Paul Jacquet reçoit une Médaille d’or. Un vase est acheté par l’Etat, et sera déposé au Musée des arts décoratifs à Paris.

À ce moment-là, l’atelier est de nouveau dans la lumière, et le céramiste savoyard peut compter sur une équipe solide, bien formée et très productive.

Son ouvrier Emile Grillet, après son service militaire, revient travailler à la poterie en octobre 1938. Il est devenu un potier et décorateur qualifié.
See the chapter we dedicate to him Here.

En juin 1939, Paul Jacquet prend à 56 ans, sa retraite de l’Education Nationale après 20 ans au lycée Berthollet.

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